L’abandon de l’amour

Julieta, 2016

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Pedro Almodovar revient, après un Amants passagers décevant, avec Julieta  un pur chef d’œuvre dans la lignée de Volver. Un film profond et envoûtant avec une esthétique toujours aussi sublime.

Julieta est une introspection, tout comme Volver ou Tout sur ma mère. Almodovar nous fait suivre l’histoire de Julieta, l’histoire de sa famille. A travers un récit à tiroir, le réalisateur dépeint une relation mère-fille brisée, des sentiments forts qui nous touchent car chacun de nous pourrait les vivre.

Julieta, 50 ans, s’apprête à quitter Madrid avec son amant, Lorenzo Gentile. N’ayant pas eu de nouvelles de sa fille depuis plus de douze ans, plus rien ne la retient à Madrid et elle semble avoir reconstruit sa vie, loin de ses souvenirs. Mais elle rencontre par hasard Bea, une ancienne amie de sa fille Antia. Bea a revu Antia et lui raconte comme cette dernière a changé. Cette rencontre fait remonter de nombreux souvenirs et Julieta ne peut plus partir. Elle doit expliquer, elle décide de faire face à ses souvenirs.

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Elle se réinstalle dans son ancien immeuble, là où elle a vécu avec sa fille pendant presque dix-huit ans. Les images sont saisissantes : elle recolle une photo  d’elle et de sa fille qu’elle avait déchirée, dispose des photos d’elle et Xoan, l’amour de sa vie et le père de sa fille qu’elle n’avait pas dans l’appartement que l’on voit au début du film. Elle avait tiré un trait sur son passé mais on ne peut le faire complètement et Julieta va s’en rendre compte. Il faut vivre avec son passé; il faut l’accepter pour la simple raison qu’il explique qui l’on est. Elle écrit à sa fille tout ce qu’elle ne lui a pas dit, tout ce qu’elle ne s’est jamais dit à elle-même. Elle raconte son histoire, qui commence par sa rencontre avec Xoan le père d’Antia.

Julieta a en fin de compte tout vécu dans sa vie. L’amour, la passion, le bonheur (certes éphémère), la tragédie, la dépression, l’abandon. Les évènements qu’elle a vécu ont installé en elle un sentiment profond de culpabilité, de tristesse. Sentiments qu’elle a toujours retenus. Mais elle décide d’écrire tout, d’écrire pour se libérer, pour expliquer et pour comprendre.

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Julieta, quand elle était jeune (Adriana Ugarte) vivait au jour le jour, avec une certaine insouciance et sans se poser de questions. Sans poser de questions sur les autres, sur elle. Elle n’analyse pas. Elle réagit, se laisse emporter par ces sentiments sans pour autant chercher à les contrôler. Et c’est cette façon de réagir qui cause ses malheurs, qui brise les liens qu’elle peut former, qui brise son cœur. Tout commence avec l’homme qu’elle rencontre dans le train, à qui elle refuse de parler et qui par la suite se suicide. Première culpabilité car elle a refusé de parler. Puis il y a son père, qui alors que sa mère s’éteint peu à peu a une relation avec une autre femme plus jeune. Le lien se brise car elle a refusé de parler. Ensuite, il y Xoan. Elle vit une passion folle avec lui, vit avec lui mais le jour où elle découvre qu’il a eu des aventures avec une amie d’enfance, elle part. Deuxième culpabilité car Xoan est tué car elle a refusé de parler, de demander. Enfin, il y a sa fille qui est parti après avoir dû la materner car elle a fait une grande dépression après la mort de l’homme de sa vie. Troisième culpabilité et un autre lien brisé car Julieta n’a pas parlé.

Julieta aujourd’hui (Emma Suarez) commet les mêmes erreurs. Elle quitte Lorenzo pour revivre ses souvenirs, sans lui dire pourquoi, sans lui parler de sa fille. Son silence la rend malheureuse. Et la fin du film est emblématique de ce comportement : elle dit à Lorenzo qu’elle ne demandera à sa fille aucune explication, qu’elle veut simplement être là. Et pourtant… Et pourtant c’est le moment de parler car sa fille connait la même culpabilité et le même chagrin de que sa mère.

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Pedro Almodovar à propos de ce film : « Il parle du destin inéluctable, du complexe de culpabilité et de ce mystère insondable qui fait que nous abandonnons les personnes que nous aimions, que nous les effaçons de notre mémoire comme si elles n’avaient jamais rien signifié. Et de la douleur que cet abandon engendre chez la victime ».

Le silence et l’enfermement sur soi-même détruisent les relations, rendent l’amour douloureux. Les drames, les douleurs qui arrivent auraient pu être évitées, et le temps soit les guérit, soit les amplifie. Amour, drame, relations compliquées, destins inévitables… Tous les thèmes fétiches du réalisateur sont présent. Et parmi l’océan de tous ces sentiments qu’il décrit avec brillo, simplicité, il nous livre un message d’espérance. La dernière image du film : une voiture sur une route qui roule vers une autre destination, vers des retrouvailles, vers la guérison.

Ces sentiments complexes sont portés, comme toujours, par d’excellents acteurs. Ils sont habités, ils nous captivent avec des personnages qui sont beaux et poignants, des personnages que l’on ne peut qu’aimer. Avec peu de dialogues, ou du moins des dialogues simples, les émotions sont dans leurs yeux, sur leurs visages. Pedro Almodovar est décidément un réalisateur d’immense talent mais aussi un très grand directeur d’acteurs, ce qui fait que ses films sont si parfaits.

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Et puis l’esthétique est toujours aussi belle, servie par une narration et une photographie à la fois classique et moderne. Avec les flashbacks, Almodovar retrouve son style Movida : des couleurs flashys, une juxtaposition de motifs géométriques … bref toute l’esthétique des années 80. Mais Almodovar réussi aussi à créer une esthétique de la modernité, plus pure, plus minimaliste. Moins de couleurs vives, même si le fameux rouge Almodovar est toujours omniprésent et illumine le film; accompagnée d’une géométrie et d’un design plus épurés.

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Julieta  est un film à voir, pour tous les fans d’Almodovar et même pour ceux qui ne connaissent pas ou n’apprécient pas forcément. Car ce film est un chef-d’œuvre. Un film envoûtant, transcendant, qui prône des sentiments intemporels, sublimes. Une œuvre d’art complète, un bijou.

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