Le monde des opportunistes

Ce monde à part (The Young Philadelphians), 1959

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Anthony Lawrence (Paul Newman) est un jeune avocat qui bien qu’il bénéficie d’un nom prestigieux, vient d’un milieu modeste et qui pour réussir doit se faire accepter de la haute société de Philadelphie.

Diplômé de Princeton, Anthony Lawrence est spontané, charmant et brillant. Pour devenir un avocat reconnu, il doit intégrer la haute bourgeoisie, un monde fermé, un monde à part; mais il doit le faire au prix de la morale, de l’amitié et de l’intégrité. Par manipulations et fourberies il montent les échelons; et en fin de compte il le fait comme les bourgeois de Philadelphie : au détriment de certaines valeurs primordiales. Mais Anthony Lawrence bafoue-t-il réellement toutes les valeurs?

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Tony Lawrence n’a pas toujours été arriviste, opportuniste. Sa mère la toujours été, comme on le voit dès le début avec la façon dont elle cherche à lui donner le nom de Lawrence alors que ce n’est pas son nom légitime. Et sa mère cherche à avoir de l’influence su lui mais elle n’y arrive pas, du moins dans un premier temps. Il rencontre par hasard Joan Dickinson (la très jolie Barbara Rush), fille d’un grand avocat. Son naturel, sa nonchalance et son insouciance la charme très vite, et de son côté Tony n’est pas non plus insensible au caractère de la jeune fille. A tel point qu’il la demande en mariage. Mais son père l’achète, sans que Tony ne s’en rende compte, en jouant sur son envie de réussite et de prestige tout en espérant que sa fille en épousera un autre. Joan le quitte, et c’est à partir de ce moment que Tony comprend qu’il a été trop naïf et que désormais il agira de manière calculatrice pour atteindre ses objectifs.

Désormais, de filouteries en coup bas, Tony rejette morale et intégrité pour monter dans la hiérarchie. Il vole le stage d’un camarade dans un grand cabinet, utilise des connexions de sa mère, séduit la femme de son patron sans pour autant se compromettre totalement, il vole des clients de confrères de manière sournoise mais certes intelligente… et finit  par se faire apprécier de la haute société et par devenir un avocat brillant et sollicité dans un des plus grands cabinet de Philadelphie. Le prix à payer est en fin de compte de renoncer à certaines de ces convictions.

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Le personnage de Tony Lawrence est intéressant : brillant, intelligent, talentueux, opportuniste et sournois par nécessité et déception. Il présente finalement toutes les qualités pour être un bon avocat. Il sait par ailleurs être charmant quand il le faut. Mais même s’il a pu jouer avec la probité, il n’en demeure pas moins qu’il respecte certains code, notamment l’amitié. Lorsque son ami Chet est accusé de meurtre et que sa famille cherche à préserver son honneur plus que de prouver l’innocence de Chet, Tony décide de le défendre. Il décide de le défendre alors même que tout le monde cherche à lui mettre des bâtons dans les roues, en le menaçant de révéler la vérité à propos de sa naissance, alors même qu’il risque gros sur cette affaire, notamment vis à vis des retombées pour le cabinet et alors même qu’il n’est pas un avocat pénaliste. Son amitié avec Chet est sacrée et c’est en cela qu’il sera toujours différent de ces riches bourgeois.

Paul Newman incarne d’une façon impeccable ce jeune avocat. Son jeu un peu exagéré, avec une gestuelle voyante et très développée rend à merveille le caractère d’un jeune homme exalté, naïf et débordant d’énergie avec un charme fou faisant craquer toutes les filles. Nul doute qu’il a également le physique de l’emploi (surtout quand il porte un marcel et travaille dans la construction). Son jeu devient plus sobre, plus fin et gagne en gravité au fur et à mesure que le personnage s’assagit, gagne en maturité, en expérience et est confronté aux différentes désillusions et amertumes de la vie.

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Cependant, on peut regretter que les personnages secondaires ne soient pas plus développés, ils ne sont que seulement esquissés. Le personnage du père biologique, Mike Flanagan, est un personnage christique, foncièrement bon et désintéressé. Alors qu’on lui a clairement fait comprendre qu’il n’avait rien à attendre et que Tony ne serait jamais au courant, il veille de loin sur son fils et est présent pour lui. Mais son portrait et sa présence s’arrêtent là, et ce qui aurait pu donner lieu à des scènes très intenses, devient quelque chose de banal, à la limite des clichés. Ou encore, le personnage de Joan Dickinson, une jeune fille riche, qui est hautaine avec la plupart des gens et qui n’est pas prête à renoncer à sa position; et la mère de Tony , une arriviste née, ne sont pas assez étoffés et manquent de profondeur psychologique ce qui est regrettable.

En revanche, le personnage de Mrs J. Artur Allen est absolument craquante. Cette petite vieille, pleine de vie et de naïveté, mais aussi d’une langue tranchante et bien pendue apporte une touche d’humour tout à fait bienvenue en plus de certaines situations ou mimiques de Tony Lawrence.

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 Ce monde à part décrit le monde fermé et hermétique des classes supérieures et à quoi les gens de classes inférieures sont réduits pour s’introduire dans ce milieu. Il brosse un portait amère et désabusé de chaque classe engagée dans la lutte. Les riches bourgeois n’hésitent pas à jouer avec les codes de la morales, à jouer avec les êtres humains pour étaler leur domination, et préserver leurs avantages. Les personnes des classes inférieures sont réduites à un opportunisme parfois choquant pour arriver à leurs fins et espérer exister au sein de cette société.

Cette thématique n’arrive pas à s’imposer comme thématique principale du fait du parti pris du film de traiter de différents thèmes, tous sur le même plan pratiquement. En effet, l’histoire d’amour entre Joan et Anthony se rattache à la toile de fond de lutte de classes mais seulement de manière indirecte. Il s’agit en effet d’une intrigue indépendante qui pourrait constituer un scénario de comédie romantique à part entière. De plus, la question de la paternité s’immisce ici et là (avec l’idée sans doute de s’apparenter aux pièces de Tennessee William), sans jamais vraiment être le cœur du film et sans jamais prendre un tour réellement intéressant. En effet, ce thème ne devient intéressant que quand il devient un réel moyen de pression. Mais cette idée n’est utilisée que trop rapidement et aurait mérité de plus amples développements. Enfin, le film cherche également à décrire le monde des avocats, sans pour autant être un véritable film juridique. Il y a bien un procès à la fin du film, qui apparait comme l’intrigue principale au vu de la relation entre Chet et Tony et des implications qu’il emporte. Et pourtant, les scènes ne sont pas très longues et sont traitées comme des éléments de clôture.

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Toutes ces thématiques s’entremêlent pour former une intrigue complexe qui peut manquer de cohérence, et couvrant de nombreuses idées intéressantes mais traitées de façon inaboutie. Cela rallonge le film qui traine en longueur pour pouvoir traiter ou du moins esquisser tous le thèmes. L’épisode de la Guerre de Corée, qui certes est une manière d’annoncer certains évènements mais qui n’est pas vraiment utile au sens où elle aurait pu être traitée d’une manière beaucoup plus efficace. Cela laisse une impression de confusion, comme s’il y avait plusieurs films dans le film.

Ce monde à part n’en demeure pas moins un bon film, plaisant à regarder bien qu’un peu long. Ce n’est pas l’avis de tout le monde :

« L’essentiel de la satire est dilué dans une intrigue sans vigueur, mélodramatique et peu attachante », Répertoire général des Films, 1960.

Mais il faut voir si vous êtes un/une inconditionnel(le) de Paul Newman.

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