Bandits de grands chemins

Cartouche, 1962

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Télérama met « 2 T », et ils ont bien raison ! Cartouche de Philippe de Broca est un excellent film, et je lui mettrai même « 3 T », voire 4.

« Au croisement des (grands) chemins de Fanfan la Tulipe, Robin des Bois et d’une certaine insolence Nouvelle Vague, Jean-Paul Belmondo est magnifique, bondissant du léger au grave. Derrière le rythme burlesque des capes et des épées, l’éclat des bleus et des rouges, de Broca annonce le temps révolutionnaire », Télérama, Guillemette Odicino.

Sous la régence, Dominique (alias Cartouche) fait ses armes en tant que bandit dans la Bande de Malichot qui règne en terreur sur la cour des miracles. Mais Cartouche ne supporte plus la tyrannie de Malichot, ni les traitements brutaux et peu éthiques que ce dernier inflige à ses collaborateurs. Révolté, friand de justice et d’éthique, Cartouche renverse le tyran et prend la direction des bandits épaulé par ses fidèles lieutenants La Douceur et La Taupe. Il commet alors d’audacieux et brillants cambriolages pour les beaux yeux de sa maîtresse Vénus, la belle bohémienne. Charmant, astucieux mais aussi bandit au grand cœur : il détrousse les riches, et redistribue aux pauvres (un Robin des Bois à la française en somme). Adulé par la foule, haï et traqué par les autorités, Cartouche défie toutes les lois, toutes les tentatives d’arrestation. Mais il tombe sous le charme d’Isabelle de Ferussac, femme du Lieutenant général de police, son pire ennemi. Cherchant à la conquérir, Cartouche prend de plus en plus de risques et se rapproche inexorablement de la mort.

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Le cinéma français a toujours su réaliser d’excellents films de capes et d’épées, Cartouche ne déroge pas à la règle. Certes, les combats à l’épée sont beaucoup moins élaborés, rigoureux et spectaculaires que dans le films avec Jean Marais (Le capitan, Le capitaine fracasse); mais c’est justement parce que cet aspect-là n’est pas pris au sérieux et est rempli de second degré; et que le film arrive à glisser de l’aventure fantaisiste au drame passionnel qu’il est si bien et qu’on le regarde toujours avec plaisir aujourd’hui.

En effet, Cartouche est un très bon film d’aventures. Tout commence quand cartouche, après avoir défié l’autorité de Malichot, est contraint de fuir et de se réfugier dans l’armée. S’en suit différentes scènes qui ne sont pas sans rappeler Fanfan la Tulipe, mais qui traitent la guerre en dentelles de la manière la plus burlesque possible, dénuée de tout héroïsme et de toute intelligence militaire. Nos trois amis (Cartouche, La Douceur et La Taupe) observent caché la bataille, au fur et à mesure que leur uniforme part en lambeau. La guerre est le prétexte de scènes où tout est tourné en dérision, et où l’on retrouve Noël Roquevert, 10 ans après Fanfan la Tulipe, quasiment dans le même rôle et l’on ne peut s’empêcher de penser qu’il s’agit ici d’un clin d’œil à l’un des meilleurs films de capes et d’épées français. Héros malgré eux, les trois amis désertent, non sans prendre au passage la solde de l’armée d’une manière tout aussi fantaisiste qu’ingénieuse. Nos amis se retrouvent par la suite dans une auberge, et si ces scènes tendent à languir, elles nous offrent tout de même des bagarres et cascades savoureuses, entrecoupées de pochtronades hilarantes.

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C’est aussi dans cette auberge que Cartouche rencontre Vénus (la sublime Claudia Cardinale), une bohémienne prisonnière de sergents français. C’est le coup de foudre ! Mais cette scène est peut être la plus bâclée du film. Il est vrai qu’elle ne manque pas de fougue, de passion et de romantisme; mais elle est aussi orchestrée de manière peu subtile et à la limite du cliché.

Cartouche rentre ensuite à Paris, prend la tête des bandits et défie les autorités avec élégance et impertinence. Cartouche s’introduit avec audace chez les nobles, se fait délibérément connaître en signant ces méfaits et en sauvant La Douceur de la pendaison, échappe à tous les pièges tendus par les autorités. De Broca saisi ici l’occasion pour nous montrer de spectaculaires scènes d’actions. Mais il arrive également subtilement à glisser vers une intrigue plus dramatique. Cartouche enrichit s’ennuie et semble avoir perdu toute flamme. Il ne lui reste qu’un seul défi : conquérir une femme a priori intouchable, la femme du Lieutenant général de police. Il le fait de la manière la plus chevaleresque possible et il va même jusqu’à piller une délégation turque. Cet amour va cependant le détruire et le rapprocher de la mort. Il précipite Cartouche dans un piège, et son sauvetage héroïque organisé par La Douceur, La Taupe et Vénus rend nécessaire le sacrifice de cette dernière. Et c’est là le véritable amour, c’est Vénus qui a donné sa vie pour Cartouche. Cet amour pur et passionnel qui s’exprime également par la façon dont Cartouche la couvre de bijoux, l’enterre comme une princesse dans un sublime carrosse doré. Et il décide d’aller la venger, en frappant un dernier coup et en allant au devant de la mort puisqu’il semble qu’elle soit la seule issue possible.

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Et c’est là toute la force de ce film. C’est une épopée à la fois épique, bondissante et amusante, mais aussi l’histoire d’un destin qui après avoir connu la gloire et tout réussi ne pouvait qu’inexorablement connaître une fin tragique. Et Cartouche le sait et fait tout pour provoquer la mort. Action, amour, drame se mêlent au son de la magnifique musique de Georges Delerue qui orchestre avec brillo le passage de l’insouciance et du succès à l’inexorable tragédie et approche de la mort avec une musique dans un premier temps épique et lyrique, grave et déchirante dans un second temps. L’esthétique s’adapte également. Une image des plus baroques pour la gloire et la richesse. Un décor dépouillé pour la chute des bandits. Une caméra haletante et saccadée pour la fuite dans la forêt. Et une nuit noire, éclairée des flambeaux pour l’adieu à Vénus, dans une scène à la fois romanesque, apaisante et romantique.

Film qui est également porté par un casting exceptionnel. Jean-Paul Belmondo charmeur parfait; arrogant mais aussi gentilhomme; et avec une présence physique incroyable (il exécute ses cascades lui même, comme toujours), sachant varier son jeu : insouciant et rempli de hardiesse, puis résigné et désireux de vengeance. Claudia Cardinale envoutante et charmante. Sauvage, passionnée et courageuse, elle illumine l’écran et apporte une fraicheur féminine appréciable. Jean Rochefort, pince sans rire, détaché, stoïque et hilarant par sa certaine élégance précieuse. Maurice Dalio, parfait Malichot tyrannique, sadique, pervers et prêt à tous les compromis, même les plus sordides, pour arriver à ses fins.

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Un film comme on en fait plus. Une fresque historique magnifique, épique, au paroxysme du romanesque, de la passion et de la beauté. A voir absolument !

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