Cinéma impressioniste

Partie de campagne, 1936

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Le film ne dure que 37 minutes. Et pourtant, il suffit de 37 minutes à Renoir pour créer un chef-d’œuvre, pour tourner l’un de ses meilleurs films. Et regarder aujourd’hui les films d’un des plus grands cinéastes français se révèle presque être un devoir. Mais cela procure également un immense plaisir car Renoir reste finalement très moderne et a su diversifié son œuvre. Thierry Jousse dans son éditorial Renoir Vivant , du numéro de Juillet/Août 1994 des Cahiers du cinéma, écrit : « L’image de Renoir est celle d’un cinéaste qui ne cesse de changer de vitesse, de se déplacer, d’expérimenter, de s’échapper ». En regardant Partie de Campagne, on ne peut qu’être d’accord avec lui.

M. Dufour, commerçant parisien, vient passer avec sa famille et son futur gendre une journée à la campagne pour la fête de son épouse. Ils s’arrêtent dans une auberge au bord de l’eau pour déjeuner. Deux canotiers Rodolphe et Henri entreprennent de séduire Mme Dufour et Henriette, sa soeur. 

Ce film est une explosion de sentiments : Renoir nous fait découvrir un monde attachant, sensuel, sentimental et poétique. Cette famille parisienne est soudée et on sent qu’ils s’aiment tendrement. Ces bourgeois ne viennent pas souvent à la campagne et s’émerveillent devant tant de tranquillité et de beauté. Ils sont simplement heureux d’être là ensemble sous le soleil et sur l’herbe. Et puis il y a ce sentiment passionnel qui éclate, ce sentiment interdit entre Henri et Henriette et qui fait honte à celle-ci mais elle ne peut y résister et succombe. Car cette romance à un goût érotique, secret et foudroyant indéniable. Mais se sont aussi des sentiments très simples exposés aux aléas de la vie: un instant de bonheur intense se termine tragiquement. 

Sentiments qui sont portés par un magnifique hymne à la nature. Renoir donne vie aux tableaux des impressionnistes (il s’inspire de tableaux de son père) : avec sa caméra il rend vivant ces impressions de nature qui ont traversé les siècles. C’est un véritable témoignage de l’insouciance, et de la joie de vivre de la Belle époque. 

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Tout cela avec une grande intensité. Le film est issu d’une nouvelle éponyme de Guy de Maupassant et il respecte ce format. Renoir filme la nouvelle tout simplement. L’action est simple, les personnages et sentiments sont esquissés mais cela suffit et les seules images de Renoir réussissent avec brillo à créer un bijou du cinéma. Le film est dit inachevé, mais à voir l’ensemble on dirait qu’il est achevé tout en laissant le flou qui correspond au genre de la nouvelle. 

La virtuosité du film passe aussi par des plans d’une grande modernité. Renoir signe une véritable oeuvre d’art en filmant la pluie qui s’abat sur la rivière ou en laissant les personnages aller et venir dans un plan fixe. Des plans révélant l’intimité d’une famille, car on a l’impression que la caméra est à l’affût et capture des moments qu’elle n’était pas censée capturer. 

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 Un monument du cinéma, réalisé par un cinéaste de génie avec peu de moyen. A voir absolument. 



Interview de Jean Renoir et Sylvia Bataille, dans Cinéma 67.

J.R : Et le mauvais temps, Sylvia ? Vous vous en souvenez du mauvais temps ? Les pluies qui nous dégringolaient dessus, qui arrêtaient tout notre travail… Et on a dû tout changer.

S.B : Vous vous souvenez, vous avez dit : « Il pleut. Eh bien, il pleuvra ».  

J.R : Il a plu dans le film, et alors là, je bénis… je bénis mon neveu Claude, l’opérateur, parce que vraiment il nous a aidés à capter cette pluie, à faire quelque chose avec. Je crois d’ailleurs que sans cette pluie le film ne serait pas ce qu’il est.

S.B : Et je crois que vous avez improvisé des répliques pour le mauvais temps.

J.R : Oui, bien sûr.

S.B : « Attention il va y avoir de l’orage ! » C’était une improvisation ça ?

J.R : Ah oui. Et puis on a même changé tout le dialogue… On a constamment improvisé le texte et la pluie nous poussait à improviser. Je crois que sans la pluie, la fin du film n’aurait pas un certain côté tragique, qui finalement est devenu l’essence du film. On ne s’aperçoit de ce que les choses signifient, notamment les films, que lorsqu’on les a faites. C’est longtemps, longtemps après avoir fait Partie de Campagne que je me suis aperçu de ce que ça voulait dire.

S.B : C’est vrai ?

J.R : Ah oui. Et ce que ça voulait dire, je crois que c’est exprimé dans votre gros plan, à la fin. Ce gros plan, c’est peut-être le meilleur gros plan que j’ai fait dans ma vie.

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J.R : Nous étions toute une troupe réunie au bord d’une petite rivière à côté de Malesherbes. Et nous avions un budget limité. Pierre Braunberger était le producteur, mais enfin nous savions que c’était une production avec laquelle il ne fallait pas exagérer les dépenses. Et je savais que si je ne trouvais pas quelque chose pour répondre à la menace du mauvais temps, eh bien, on ne pourrait finir le film. Il le fallait…

J’ai très rapidement adapté mes scènes à la pluie. J’ai même profité de la pluie directement. J’étais dans l’aviation autrefois ; l’avion m’a appris à regarder le ciel et à deviner un peu quand il va pleuvoir, quand il va faire mauvais. Alors je surveillais les nuages et, quand je voyais un qu’un gros nuage arrivait et allait crever, on mettait les caméras en branle et on pouvait avoir cette chose délicieuse qui est le commencement, le départ de la pluie sur une rivière. C’est très agréable et très joli.

Mais je pense que tout ceci n’était pas calculé. Enfin, si mes souvenirs sont exacts c’était tout simplement la joie de profiter des beautés naturelles. Je le répète, tout cela était inconscient. Ça venait comme ça venait. Dans mon travail, et depuis que j’ai commencé, j’ai toujours essayé de faire des films  parce que ça m’amusait. Mon principal objectif était ma propre joie et une joie qui existe pendant la fabrication. Le résultat en réalité ne m’intéresse pas tellement. Ce qui est important, c’est de faire….

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N’hésitez pas à aller faire un tour sur mon tumblr : http://cocoqueme.tumblr.com/ 

 

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