Passion interdite

Les amants, 1958

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« La première nuit d’amour du cinéma », François Truffaut.  

C’est en effet le premier film qui ose tourner une scène d’amour aussi dénudée et aussi érotique. Ce qui fait de ce film un film culte, qui marque le cinéma français de par l’ampleur qu’il a pris lors de sa sortie et de par son aspect novateur. Tellement novateur et osé que le film, lors de sa sortie, a fait scandale dans les milieux catholiques : ils ont tenté de faire interdire le film, lui reprochant de montrer un adultère vécu pour le plaisir. Aux USA, une série de procès concernant ce film a amené la Cour Suprême à définir ce qu’était la pornographie à l’écran. 

Jeanne Tournier a 30 ans, est marié au patron d’un journal régional, vit dans une luxueuse villa et s’ennuie. Elle se rend régulièrement à Paris chez son amie Maggie et parvient ainsi  à s’adonner à des plaisirs frivoles, à tromper son ennui mais aussi son mari. Elle entretient en effet une liaison plus ou moins platonique avec Raoul un joueur de polo. Son mari devient soupçonneux et invite à Dijon Maggie et Raoul le temps d’un week-end. En route pour Dijon, Jeanne tombe en panne et rencontre une jeune archéologue qui la ramène à Dijon dans sa 2CV. 

Film majeur de la fin des années 50 et du cinéma français, Les amants est un*+-1 film qu’il faut avoir vu une fois dans sa vie. Adulé par une grande partie de la critique, j’ai pourtant été très déçue lorsque j’ai vu ce film. A-t-il mal vieilli ? Peut-être. Ou alors manque-t-il tout simplement de souffle ? Je pencherai plutôt pour cette dernière idée.

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Deuxième long-métrage de Louis Malle (après Ascenseur pour l’échafaud également avec Jeanne Moreau), ce film n’atteint pas la force de son prédécesseur. Il cache pourtant une histoire tragique, puisqu’il marque la fin de la passion amoureuse entre Jeanne Moreau et le cinéaste Louis Malle (dans le film Jeanne Moreau porte d’ailleurs sont propre prénom). Cela sert de point de départ au film où de longs silences, des plans séquences montrant Jeanne seule, triste, pensive, regardant son couple mourir défilent à l’écran. Le tout porté par ce qui se veut une critique de la bourgeoisie et qui aurait pu être intéressante: un milieu hermétique pourri par l’argent, les conventions, des rituels mondains oisifs où tout ce qui sort des sentiers battus est une distraction. Montrer l’ennui sans être ennuyant. Voilà un défi que le film a du mal à relever. Si les silences et la lenteur des plans (au demeurant magnifiques, sous la direction d’Henri Decae qui a travaillé avec Jean-Pierre Melville), ainsi que la voix off semblent destinés à montrer le détachement des personnages par rapport à leur vie, ils deviennent très vite un véritable pensum à regarder. 

Ennui du spectateur donc, renforcé par des personnages fades et qui n’ont qu’une seule facette; mais aussi parce que se dégage l’impression que les acteurs eux-mêmes s’ennuient et ne croient pas en leur personnage. Henri Tournier (Alain Cuny) est un personnage calme, posé, presque trop posé (il n’élève la voix qu’une seule fois dans le film). Un personnage énigmatique, dont on a l’impression qu’il ne ressent rien, qu’il a tout compris au sujet de l’infidélité de sa femme mais qu’il ne fait rien pour la faire cesser et pour garder sa femme (ce qui est très énervant). 

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Jeanne Tournier est une femme qui vit en province mais dont le cœur et l’esprit sont à Paris. Elle s’ennuie, et ne fait d’ailleurs que s’ennuyer durant tout le film; même si sa rencontre avec Bernard la fait rire et la distrait, on ne voit pas vraiment la différence. Enfin, Bernard (Jean-Marc Bory) apparaît au début comme un personnage amusant. Sa rencontre avec Jeanne est tout à fait improbable : dans un garage et ils finissent par faire la route dans sa 2CV brinquebalante. Avec ses lunettes de soleil, sa casquette en tweed à carreaux et ses propos communistes sur les bords, il détonne. Mais il tombe amoureux et devient insipide et inintéressant. 

Ce film a marqué son époque par l’histoire qu’il racontait mais aussi par le parti pris, osé en ces temps là, de filmer une nuit d’amour. Et pourtant… Et pourtant, la passion n’explose pas. La fameuse scène aurait pu être fantastique (il y a de bonnes idées : le plan sur la main de Jeanne qui frémit de désir et de jouissance par exemple), mais elle est polluée par ce qui l’environne. Louis Malle et ses acteurs n’arrivent pas à rendre vibrant le désir, à créer la fusion entre les deux amants. Ils veulent ne rien retenir mais paradoxalement tout est retenu. Et puis leur romance n’est qu’un concentré de mièvreries, de clichés à l’eau de rose : course dans la nuit main dans la main dans les champs, promenade en barque, bain ensemble. 

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Le tout au son de l’Andante ma moderato de Brahms en boucle. A la fin, on en a marre et on finit par détester cette oeuvre musicale. Avec aussi des dialogues plats, et même parfaitement creux, écrits pourtant par Louise de Vilmorin qui jouit d’une réputation de bonne auteure. 

« Tu es beau. Tu es mon amour. Tu es beau. »

 » Nous dormirons toujours ensemble. Je m’occuperai de toi. Ma vie pour la tienne. Tu verras. »

Rien de fulgurant. 

Moderato Cantabile (avec Jeanne Moreau et Jean-Paul Belmondo) est bien plus fort. Réalisé en 1960 par Peter Brooks, d’après un texte de Marguerite Duras, il traite du même sujet : une femme de la bourgeoisie, mariée avec un enfant, s’ennuie et tombe amoureuse d’un jeune homme qui n’est pas de sa classe sociale. Dans ce film-là, tout est platonique mais on retrouve des sentiments dépeints dans Les amants et ils sont exprimés d’une manière beaucoup plus convaincante et avec beaucoup plus de tension. 

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Un film prétentieux donc, puisqu’il cherche à remplir un certain cahier des charges, mais n’y parvient pas. Un film décevant mais qu’il faut regarder au moins une fois. 

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