Amour et absence

Une promesse, 2013

Afficher l'image d'origine

L’amour peut-il résister à l’éloignement ? C’est la question que pose Une promesse, dernier film de Patrice Leconte et adapté de la nouvelle de Stephan Zweig Un voyage dans le passé.

Allemagne, région de la Rhur, 1912. Le jeune ingénieur Friedrich Zeist entre dans une grande entreprise de sidérurgie dirigée par Karl Hoffmeister. Très vite, il impressionne par son intelligence, son travail assidu, ses initiatives et prend du grade. Lorsque maladie de Karl Hoffmeister s’aggrave et l’oblige à rester chez lui, Friedrich devient son représentant au sein de l’entreprise, son secrétaire particulier et le précepteur de son fils. Il rencontre donc Lotte Hoffmeister, sa charmante femme et en tombe follement amoureux. Elle ressent la même chose mais refuse de se donner à lui. Lorsqu’il doit partir au Mexique pour deux ans, elle promet qu’à son retour elle sera à lui. Mais la guerre éclate et leur séparation dure plus longtemps que prévu. Leur amour survivra-t-il à une si longue absence?

Afficher l'image d'origine

Encore une histoire de triangle amoureux, me direz-vous. Mais les ressorts classiques sont souvent les meilleurs et les plus efficaces. C’est le cas dans le film. Friedrich et Lotte tombent amoureux, ils tombent amoureux malgré eux à la faveur des circonstances. Pendant un temps, ils se persuadent du contraire. Ils tentent de garder une distance, et surtout Lotte qui bien que très amicale, adopte une attitude relativement froide. Mais se rendant à l’évidence, il existe quand même une certaine gêne entre eux. Le film nous plonge ainsi dans une atmosphère de silence, de malaise quand les jeunes amoureux se côtoient, se frôlent, s’observent, sans pouvoir céder à la passion. Les moments de joie, de rire, de bonheur engendrent une culpabilité les empêchant de céder. Lotte apprécie en effet son mari, et le respecte. Idem pour Friedrich. Ce qui crée une relation ambiguë entre eux, mais aussi avec Karl.

Se sachant mourant, il encourage presque Friedrich et Lotte à se fréquenter. Il demande ainsi à Friedrich d’aller à sa place à l’opéra avec Lotte, de l’accompagner à l’église. comme s’il préparait ce qui allait se passer après sa mort : l’union de sa femme et de son secrétaire. Il sait qu’ils s’aiment, il a vu, il accepte, non sans une certaine amertume teintée de jalousie quand même. Et il le dira plus tard à Lotte, s’il a fait partir Friedrich au Mexique c’était pour la garder un peu plus longtemps auprès de lui.

Afficher l'image d'origine

Le film nous montre cela de manière très pudique. Les regards s’évitent, chacun essaye de ressentir la présence de l’autre, d’avoir un moment intime de bonheur avec l’autre. Cela donne de très belle scène : la scène du bal musette où Lotte danse avec son fils et Friedrich s’imagine que c’est lui qui danse avec elle, ou alors quand il observe à la dérobée le dos et la nuque de lotte à travers des jumelles de théâtre. De très belles scènes romantiques.

L’émotion et les sentiments montent en puissance au fur et à mesure du film. On passe d’une passion retenue, à une passion difficile à dissimuler et au bord de l’explosion. Puis à une absence de 2 ans, devenant une absence de 6 ans du fait de la guerre au cours de laquelle où ils s’écrivent pour entretenir la flamme (ou se donner l’illusion de l’entretenir?). Quand elle n’a plus de nouvelles, Lotte continue d’écrire et commence alors une attente insoutenable. Quand ils se retrouvent, chacun essaient de persuader l’autre, et de se persuader qu’ils ont changés, voire qu’ils ne s’aiment plus. Mais est-ce vrai ? Ces minutes de fin sont douloureuses, aussi bien pour les protagonistes que pour les spectateurs. Patrice Leconte adapte librement la fin de la nouvelle. Je ne l’ai pas lu, mais d’après ce que je pu comprendre, l’œuvre de Stephan Zweig est très pessimiste et douloureuse. Le film offre un dénouement heureux mais empli de nostalgie et de douleur. En effet, en 6 ans les personnes changent d’autant plus que la guerre est passée par là. Il y a la douleur des pertes humaines, l’humiliation de la défaite, le poids de la culpabilité. Et l’amour, s’il n’en a pas été altéré, n’est pas tout à fait le même. Et l’on sent que rien ne sera comme avant.

Afficher l'image d'origine

Certains ont reproché au film de ne pas être tourné en langue allemande et que l’on perdrait en conséquence en force et puissance notamment au regard de l’expression de sentiments fortement ancrés dans un contexte allemand particulier. Mais cela ne me dérange pas, et le casting 4 étoiles est absolument sublimes et font beaucoup pour la justesse et la force du film. Le film contenant peu de dialogues, tout passe par les regards et les expressions du visage. Alan Rickman, Rebecca Hall et Richard Madden sont excellents et arrivent à créer cette relation triangulaire passionnelle et mal aisée. Pour les plus sensibles, larmes garanties ! Le très grand et très regretté Alan Rickman lui même à l’issu du tournage, a confié à Patrice Leconte qu’après avoir joué dans deux productions américaines, il avait perdu goût de jouer et il l’a serré dans ses bras en disant qu’il lui avait redonner gout au cinéma.

Une très belle histoire d’amour, difficile mais intense, filmée avec élégance et émotions. Un film à voir pour tous les adeptes de Stephan Zweig, tous les fans d’Alan Rickman (magistral comme toujours) ou tous les fans de Richard Madden (toujours aussi beau même sans barbe).

Afficher l'image d'origine


N’hésitez pas à aller visiter mon Tumblr : http://cocoqueme.tumblr.com/

 

Publicités

Un commentaire sur “Amour et absence

Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :