Mais où est passé le génie de Terrence Malick?

Malick 1998 vs Malick 2017

Malick

Terrence Malick, certains l’adorent, d’autres le détestent. On a beau l’aimer ou le détester, on ne peut cependant pas nier la qualité artistique de ses films, ni ce qu’il a apporté au cinéma contemporain. Je ne suis pas une spécialiste de Malick, loin de là, mais c’est quand même un grand réalisateur. J’ai vu deux de ses films dans un intervalle de temps très réduit : La ligne rouge considéré comme l’un de ses meilleurs films et Song to Song son dernier film.

Le titre ne veut pas dire que cet article sera une longue étude comparative des différents films de Malick, seulement des impressions sur deux films d’un même réalisateur mais dont j’ai eu l’impression qu’ils étaient de deux réalisateurs différents justement.

 

La ligne rouge, 1998

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La ligne rouge renouvelle le film de guerre tel qu’on le connaît : c’est-à-dire grandes batailles, ou opérations commandos de grande envergure, planification stratégique extensive, ballade dans les deux camps. Ici, pas de stratégie ou peu, ce qu’il faut faire c’est prendre une colline voilà. Et des batailles il y en a, mais elles ne sont pas le sujet du film à proprement parler et on ne voit presque jamais l’ennemi. Les 40 premières minutes du film, il ne se passe rien. On est juste immergé dans la vie des GI à la veille de leur débarquement sur une plage du pacifique. Et on voit ce qu’on ne voit pas souvent dans les films de guerres américains : la peur du soldat. Ils ont tous peur, peur de la mort, peur de la violence et chacun l’exprime de façon différente. Et le génie de Malick est justement d’explorer les pensées les plus intimes des soldats.

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Beaucoup de recours à la voix off donc, ce qui est devenu sa marque de fabrique. Mais ici, il arrive à trouver un excellent équilibre entre l’intériorité des soldats, et l’extériorité de la guerre où les balles fusent, les corps tombent, la boue vole de partout. Cette peur et cette intériorité est rendue d’autant plus forte par le fait que le réalisateur ne film pas l’ennemi, on ne le voit presque jamais (une seule fois vers la fin), créant ainsi une présence invisible, angoissante et donnant une intensité particulière au film.

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Autre sujet intéressant qui émerge du film : l’incompétence des officiers, et le manque d’adhésion des combattants à leur chefs. Ils apparaissent tous comme des gens qui s’estiment charismatique, et qui jouent là-dessus en sur-jouant le leader, mais qui n’ont aucun sens des réalités et ne comprennent pas l’horreur que vivent leurs soldats sur le champ de bataille. Et ca change du film du guerre dans lequel l’officier en charge des opérations est le chef parfait, véritable héros, fin stratège, et proche de ses soldats…

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Terence Malick nous livre une vision désabusée et lasse de la guerre, qui n’exclut pourtant pas les actions héroïques et les moments de fraternité intense. Le tout avec des plans magnifiques, une lumière variée et travaillée. Tout est esthétique. Les transitions sont des impressions de nature exotique et sauvage afin de montrer le contraste entre la violence de la guerre et l’apaisement de la nature. Alors oui, c’est un procédé et son utilisation récurrente peut énerver et faire preuve d’un manque d’idée ou d’originalité. On peut aussi dire que Malick a une façon de tourner qui est prétentieuse. Oui c’est un peu prétentieux, mais il n’en demeure pas moins qu’il sait tourner et faire des films esthétiques. Avec ses images, il arrive à faire un film à la fois onirique, poétique mais  qui apparaît aussi comme très réaliste, le rendant d’autant plus bouleversant.

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Song to song, 2017.

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Dernier film de Terence Malick, casting de choc : Ryan Gosling, Nathalie Portman, Michael Fassbender, Rooney Mara, Cate Blanchet, et un sujet intéressant, prometteur et un peu bohème : le milieu musical texan. Bien que beaucoup de critiques, notamment américaines étaient sévères envers le film, annonçant la fin de la Malick, j’y suis quand même allée pleine d’espoir, pour Malick, pour Ryan Gosling et Michael Fassbender. Mais j’ai été extrêmement déçue.

Un tunnel. Voilà ce que j’ai pensé en sortant du film. Un long tunnel dont on ne voit pas la fin. Long, long, long et ennuyeux, ennuyeux, ennuyeux. J’avais même envie de sortir avant la fin, et pendant un moment j’étais sur Instagram, ce qui ne m’arrive jamais pendant que je regarde un film.

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S’il y a de la magie et du génie dans La Ligne rouge, il n’y en a pas dans Song to song. Certes c’est esthétique, et les images sont ce qu’on peut attendre du réalisateur. Mais le reste… Le film est un plaquage de procédés contemporains visant à la déconstruction de l’action, de la parole, de la musique. Mais c’est trop déconstruit, on ne comprend pas ce qui est le passé, ce qui est le présent, ce qui est concomitant. Il n’y a pas de scénario, pas de conflit, juste des tranches de vie sans intérêt. Il n’y a presque pas de dialogue, de la voix off constamment ce qui est agaçant parce qu’on a l’impression que le film ne vit pas, et qu’il ne permet pas de transmettre des émotions alors même que le terreau du film est la relation amoureuse tumultueuse.

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Dans le prolongement de ces procédés, on ne voit jamais les acteurs de face et la caméra est toujours mobile, tournoyant autour des personnages. C’est le seul film, avec Projet X, qui m’a rendu malade. Oui j’ai eu la motion sickness devant un Terence Malick (moi-même je pensais que ce serait la dernière chose au monde qui m’arriverait). J’ai eu mal à la tête et aux yeux pendant tout le film.

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Même les acteurs sont décevants. Ils sont bons sans être transcendants et on a l’impression qu’eux-mêmes ne ressentent aucune émotion et ne comprennent pas très bien ce qu’ils jouent. Le réalisateur ne se raccroche même pas au décor annoncé : la scène et l’industrie musicale à Austin. Des évocations de celles-ci apparaissent de temps en temps, sans profondeur et sans intérêt.

Ce film m’est apparu en définitive comme un concept, juste un concept poussé à son extrême. Le film a été fait pour faire un film, les acteurs y ont joué pour jouer dans un Malick. Et derrière il n’y a rien, pas d’idées, pas d’émotions, pas d’histoire. On est très loin de la fulgurance et de la passion de La Ligne rouge, comme si Terence Malick avait disparu et qu’il avait donné son nom sans réaliser le film.

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